Malgré l’arrivée des Mooc, l’enseignement à distance a toujours le vent en poupe. Exemple à l’IAE de Poitiers, qui a formé 10 000 étudiants par correspondance depuis 20 ans.

En 2017, l’IAE (institut d’administration des entreprises) de Poitiers fête ses 20 ans d’enseignement à distance. Vingt années pendant lesquelles 10 000 étudiants ont été formés par correspondance. « Aujourd’hui, grâce aux partenariats entretenus avec 25 pays, notre IAE est le premier en France à offrir une telle palette de formations à distance de haut niveau », se félicite Evelyne Lande, directrice de l’IAE de Poitiers, dans un communiqué. 

80 % d’étudiants salariés

La principale raison de ce succès : l’enseignement à distance répond aux attentes d’un public particulier. Matthieu Descoux, responsable administratif de la formation à distance, précise que « 80 % de nos étudiants sont salariés ». Dans une majorité des cas, il s’agit de « diplômés de bac+2 ou bac+3 qui souhaitent passer un bac+5 » de type master. « Ce sont des personnes bloquées dans leur carrière et qui ont besoin d’évoluer », ajoute Jacques Boucher, coordinateur de la formation à distance.

Chez ces étudiants salariés, deux profils se dessinent. On trouve d’une part des personnes suivant une démarche individuelle, et celles qui suivent la formation dans une démarche commune avec l’entreprise. Dans ce dernier cas, c’est l’employeur qui prend en charge les coûts de formation (autour de 4 000 euros pour une licence, 5 000 pour un master, contre respectivement 3 000 et 4 000 pour des personnes individuelles).

La formule entreprise, permettant à un salarié de se former pour évoluer au sein de sa société, séduit de plus en plus. Alors qu’au commencement du programme, le rapport de force était de 70/30 en faveur des étudiants seuls, on compte aujourd’hui près de 40 % de salariés sponsorisés par leur entreprise. « D’ici quelques années, les tarifs entreprises devraient être plus nombreux que les tarifs individuels », prévoit Matthieu Descoux.

Sportifs professionnels et prisonniers

Le responsable administratif fait remarquer l’efficacité de l’investissement de ces étudiants salariés. « Ils financent eux-mêmes leurs études, rappelle-t-il, donc il y a une certaine forme de pression et une motivation supplémentaire. » Ajoutant à cela une sélectivité à l’entrée de la formation, et l’IAE de Poitiers obtient « entre 70 et 75 % de réussite chaque année. » 

Parmi les autres publics, on compte également 10 % d’étudiants et 5 % de demandeurs d’emploi. La formule va jusqu’à séduire des cas plus spécifiques, comme des sportifs professionnels (« principalement des joueurs de foot, de hand et de basket ») et des personnes incarcérées se préparant à leur réinsertion. Par ailleurs, « la moitié sont des étudiants étrangers francophones », note Jacques Boucher.

Une formation de plus en plus numérique

En pratique, la formule « à distance » est une combinaison entre correspondance papier et communication via internet. Mais, même si « les étudiants aiment l’accès au papier », la partie digitale prend de l’ampleur : « Depuis trois ans, on essaie de donner une plus grande importance au numérique, notamment la mise en place de classes virtuelles avec interactions entre les étudiants et les professeurs. » Ainsi, depuis 2016, l’enseignement à distance comporte des e-books, consultables pendant toute la durée de formation, et disponibles hors connexion.

Cette formule rappelle le principe des Mooc, cours en lignes dispensés, souvent gratuitement, auprès d’un large public, sans sélection. Mais Jacques Boucher ne les considère pas comme une offre concurrente. « Chez nous, les étudiants viennent chercher un vrai diplôme, reconnu en France et en Europe. » Avec deux nouveaux masters à partir de septembre 2017, l’IAE de Poitiers comptera ainsi dix diplômes enseignés à distance, tous dans le secteur de l’intelligence économique